Comment lire une tendance de réchauffement

Une tendance de réchauffement est la pente d'une droite ajustée par régression linéaire sur la série des moyennes annuelles ; elle ne doit être affirmée que si le test statistique associé montre qu'elle ne peut pas raisonnablement s'expliquer par le hasard.

La pente : combien de degrés par décennie

On prend la moyenne annuelle de chaque année de la période, on obtient un nuage de points, et on cherche la droite qui passe au plus près de l'ensemble — au sens des moindres carrés, c'est-à-dire en minimisant la somme des écarts au carré. La pente de cette droite est la tendance.

Elle s'exprime le plus souvent en degrés par décennie, ce qui la rend comparable d'un lieu à l'autre. Multipliée par la durée de la période, elle donne le delta total : le réchauffement cumulé sur toute la fenêtre.

Une remarque importante sur le choix de la période : plus la fenêtre est courte, plus la pente est instable. Sur cinq ans, deux étés remarquables suffisent à produire une pente spectaculaire qui ne décrit rien. C'est pourquoi les tendances de ce site sont calculées sur la fenêtre longue.

Le r² : à quel point les points suivent la droite

Le coefficient de détermination, noté r², va de 0 à 1. Il mesure la part de la variation des années qui est expliquée par la droite.

Un r² de 0,6 signifie que la tendance rend compte de 60 % de ce qui bouge d'une année sur l'autre ; le reste est de la variabilité — un hiver doux, un été pourri, une oscillation océanique. Sur des séries climatiques annuelles, des r² modestes sont normaux et ne disqualifient pas la tendance : le bruit météorologique est énorme, et une pente réelle peut parfaitement coexister avec beaucoup de dispersion.

Le r² ne dit donc pas si la tendance est réelle. Il dit à quel point elle est régulière.

La p-value : la tendance peut-elle être un hasard ?

C'est la question que le r² ne répond pas, et c'est la seule qui décide si l'on a le droit d'affirmer quelque chose.

La p-value répond à : « si en réalité il n'y avait aucune tendance, quelle serait la probabilité d'observer par pur hasard une pente au moins aussi marquée que celle-ci ? ». Une p-value de 0,03 veut dire trois chances sur cent. Une p-value de 0,4 veut dire quarante — c'est-à-dire que le résultat n'a rien d'étonnant sans aucun réchauffement sous-jacent.

Le seuil conventionnel est 0,05. En dessous, on parle de tendance statistiquement significative. Au-dessus, la donnée ne permet pas de conclure — ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de tendance, seulement que cette série ne suffit pas à l'établir.

Pourquoi ce site écrit parfois « pas de tendance nette »

Quand la p-value dépasse 0,05, Climate Memory n'affiche pas la pente : la page dit qu'aucune tendance nette ne se dégage.

Ce n'est pas une donnée manquante, et c'est le point le plus important de cet article. C'est un résultat. Il signifie que sur ce lieu et cette période, la variabilité domine le signal.

Le refus est délibéré parce que la conséquence de l'inverse est asymétrique. Afficher « +2,1 °C » avec une p-value de 0,4, c'est produire une affirmation fausse et parfaitement citable : elle sera reprise, recopiée, éventuellement ingérée par un modèle de langage, et plus rien ne portera la nuance. Une page qui dit « on ne peut pas conclure » ne peut pas être mal citée.

Si vous lisez cette page parce qu'une ville affichait cette mention : elle n'a pas de trou dans ses données. Elle a une réponse, et cette réponse est qu'on ne sait pas.

Réchauffement local et réchauffement global

Une tendance locale n'est pas la tendance planétaire, et elle est presque toujours plus bruitée. Le réchauffement global est une moyenne sur toute la surface du globe, où l'essentiel de la variabilité régionale se compense ; sur une seule cellule de grille, rien ne se compense.

Les continents se réchauffent plus vite que les océans, et les hautes latitudes plus vite que les tropiques. Une ville nordique peut donc afficher une pente nettement supérieure à la moyenne mondiale sans que ce soit une anomalie de mesure.

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